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INTERVIEW VIGNERON : Angéline Lassalle

photo by Leif Carlsson

Bienvenu au champagne Lassalle ! Pendant cette période de confinement, on prend des nouvelles de tout le monde et nous n’oublions pas la grande famille Dilettantes !

Découvrez chaque jour, un portrait d’un de nos vignerons.

Mercredi 1er avril, nous nous sommes donné rendez-vous avec Angéline Lassalle, vigneronne du domaine J.Lassalle pour une petite interview téléphonique :

  • Bonjour Angéline pouvez-vous vous présenter et présenter votre domaine pour nos lecteurs ?

 

« Ce sont mes grands-parents qui ont créé le domaine en 1942 après la seconde guerre mondiale. C’était un démarrage timide, ils ont commencé à constituer le vignoble peu a peu mais sans vinifier. C’est 10 ans plus tard qu’ils ont fait l’acquisition d’un pressoir traditionnel champenois et commencé à produire du champagne. D’ailleurs nous utilisons toujours ce pressoir pour certains de nos parcellaires !

Notre domaine est basé dans la Montagne de Reims à Chigny-Les-Roses, village Premier Cru et nos 60 parcelles sont implantées sur Chigny ainsi que dans 7 villages alentours. Au niveau de l’encépagement on a 50% de meunier, 25% de chardonnay et 25% de pinot noir, surtout beaucoup de vieilles vignes.

Ma mère a repris le domaine après le décès de mon grand père et cela fait 15 vendanges que j’ai intégrée l’exploitation. Nous sommes une famille de vigneronnes, trois générations de femmes gèrent aujourd’hui le domaine : ma grand mère, ma mère et moi ! Bien sur on revendique ce coté féminin mais je ne veux pas jouer sur le coté marketing girly.

Depuis 80 ans on a bien progressé, on est récoltant-manipulant et ça fait partie de ma religion, ma philosophie de vigneron : pas sans effort ! On travaille en propre 16 ha et on produit 150 000 bouteilles par an depuis 4/5 ans. »

  • Vigneronne, c’était une vocation pour vous, comment en êtes-vous venu à gérer un domaine viticole ?

« Vocation, je dirais plutôt éducation et transmission car je n’ai pas pas fait ce métier dés le début.

Chantale et Angéline Mère et fille

J’ai choisi une voie plus générale car j’ai compris que la terre c’est important mais l’ouverture sur le monde aussi. J’ai voulu m’ouvrir à la culture de différents pays, apprendre d’autres choses…

J’ai travaillé dans une maison de couture à Paris pendant 4 ans et l’expérience du luxe a été vraiment enrichissante pour moi car on produit aujourd’hui un produit de luxe. Pour moi c’est un beau complément ! En 2005, j’ai eu un rappel de la famille et de la terre, et je suis retournée à l’école. J’avais besoin de sentir que l’idée d’intégrer le vignoble était mature car ce n’est pas parce qu’on nait fille de vigneron que ça nous ai du. J’ai donc intégrée le domaine avec l’accord de ma mère et ma grand-mère et il a fallu trouver ma place, mais ça c’est fait plutôt naturellement !

Mon expérience, je la dois à mes voyages et aux vignerons que j’ai rencontrés mais surtout à ma mère. Aujourd’hui on prend les grandes décisions ensemble et on se fait confiance, on a chacune nos domaines de prédilection ! Ma mère c’est plutôt l’administratif, le déclaratif, moi ce qui m’anime c’est la communication, la promotion, la distribution et puis la vinification. Les travaux au chai c’est mon truc, j’adore ça ! »

  • Quelle est votre ligne de conduite en viticulture et à la cave et pourquoi avoir choisi celle-ci ?

« Quand ma mère a repris le domaine 1982, on était en viticulture durable et depuis 10 ans on n’utilise plus de désherbants on laisse l’enherbement naturel. On a déjà 3 campagnes bio mais pas de label car je n’aime pas vraiment les choses imposées. Pour moi, chacun se doit d’être responsable en viticulture. Cette année par exemple, on a posé des RAKS dans les vignes et on n’utilise pas d’insecticide. On encourage nos voisins à faire de même. » Les RAKS ce sont des petit clips posés sur les fils dans les vignes qui reproduisent la substance naturelle émise pas les femelles papillons pour attirer les males. L’atmosphère est donc saturée de ces phéromones qui rend les males incapables de localiser les femelles, il y a donc moins d’accouplements donc moins de chenilles. C’est ce qu’on appelle la confusion sexuelle et cette méthode n’est pas toxique, elle respecte la faune et la flore et évite l’utilisation d’insecticides dans les vignes.

« J’aime entreprendre mais en restant dans ma ligne de conduite. La philosophie d’artisan modernisé est hyper importante pour moi si ça apporte des choses au vin. Au domaine, on fait toujours le remuage sur pupitre et on fait vieillir nos champagnes longtemps. Si vous voulez je suis plus « wine lover » que « cash machine » et je compte avancer dans ce sens. »

Qu’est ce qui vous fait le plus vibrer dans votre métier ?

« Tout d’abord, c’est sa pluralité, le coté caméléon et les dizaines de décisions qu’on doit prendre dans une journée. L’adaptation à cette nature qui nous impose de nous poser des questions différentes tous les ans.

Aussi le coté artistique de l’assemblage, c’est un exercice difficile mais jouissif !

Assembler c’est faire valoir notre maison, notre style, ce coté « wouaw je me lance je vais essayer de faire un truc super » c’est fabuleux dans notre métier !

Ce que j’adore aussi c’est la promotion des données techniques auprès des prescripteurs, notamment à l’export. On voyage, on rencontre des gens passionnés, des sommeliers etc.

Cela fait une dizaine d’années que je pars au Etats-Unis tous les ans pendant un mois et au moment de partir, quand je monte dans l’avion, je souffle et je me dis « waouh j’ai vachement progressé ! » c’est un sentiment merveilleux. Je vis à chaque fois des choses auxquelles je ne suis pas préparée, l’exercice est toujours différent, ça peut parfois déstabiliser mais on le fait et après on sait que l’on a avancé. »

  • Comment décriveriez vous le style de vos champagnes ?

« On est des non-révolutionnaires, des anti-mode, on ne suit pas le courant de ce qui se fait.

Il y a des évolutions dans le goût des consommateurs mais la première des choses pour moi c’est de faire des vins que JE "kiffe". Bien entendu on veut faire un produit qui donne du plaisir aux autres et j’ai été élevé dans cette philosophie.

la cuvée Angéline

Toutes les décisions que ce soit à la vigne et pour le vin sont prisent par ma mère et moi, on utilise la mémoire sensorielle de ma mère pour garder le même esprit dans nos assemblages et notre style reste proche de ce que mon grand-père faisait au démarrage tout en évoluant un peu.

On recherche toujours une vrai finesse grâce à une longue conservation des cuvées, on fait aussi les malos (fermentation malolactique).

On a donc des champagnes matures, ronds avec une belle longueur en bouche. Le vieillissement est important pour nous car on veut un vin aboutit, dans l’aromatique et la gourmandise. On ne cherche pas un truc abrupte, pierreux et sans dosage.

Ce qu’on essai de faire aujourd’hui par rapport à la génération de mon grand-père c’est d’être de moins en moins interventionniste, laisser parler l’origine de nos terres, des sols, prendre des décisions en terme de maturité mais ne pas modifier les choses de façon trop importante en cuverie.

Le petit vigneron que nous sommes est « consciencieux ». »

  • Au niveau commercialisation, quels sont vos principaux canaux de vente ?

« On exporte 90% de notre production. Grace à notre importateur, on a été un des premiers récoltant-manipulant champenois exporté aux Etats-Unis en 1974 ! On a un très fort partenariat avec ce pays.

On a une vingtaine d’autre partenaires à l’étranger notamment en Russie depuis une quinzaine d’années, au Japon, de moins en moins en Europe mais plus en grand export ; on est présents en Australie, en Nouvelle-Zelande, au Liban, en Afrique du Sud…

Ce sont des pays où les gens sont très amateurs et pour moi, la distribution doit se faire par le vin et pas par le prix.

Au niveau France, on n’est pas fort du tout, je cherche aujourd’hui à rouvrir ce marché. Par contre à la propriété on a des visites quotidiennement sur rendez-vous, de gens qui viennent découvrir le métier et le domaine. On a un peu de retard sur l’œnotourisme et on veut développer aussi ce coté là. On a plein d’idées ! »

  • Quelle est votre cuvée préférée parmi les champagnes de votre production et pourquoi ?

« Je ne vais pas être très originale mais c’est quand même la vérité « Angéline 2009 », 60% pinot noir, 40% chardonnay. C’est une cuvée parcellaire qui a été créée en 1973. Normalement par l’origine de son terroir et de l’assemblage s’est une cuvée structurée, puissante et virile mais là 2009 j’ai dévouvert mon « crush » : de la délicatesse, de la finesse, une belle longueur en bouche, vachement moins viril et J’ADORE ! »

  • Pour finir, Un conseil pour un accord met-champagne réconfortant pendant le confinement ?

« Il y en a un que j’adore, qui n’est pas forcement une recette mais c’est un chèvre frais sur un champagne rosé ! Franchement on n’y pense pas généralement mais c’est une tuerie.

Expérimenté par hasard y a quelques années et je suis une FANA, ça me réconforte beaucoup !

Avec le rosé de la maison bien sur ! Au pire un Billecart rosé mais c’est pécher ! » elle rigole.