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INTERVIEW VIGNERON : PIERRE FRESNE

  • Bonjour, pouvez-vous vous présenter et présenter votre domaine pour nos lecteurs ?

Je suis Pierre Fresne, vigneron du domaine Fresne-Ducret. Nous sommes basés à Villedommange, dans la Petite Montagne de Reims. On est historiquement sur un terroir de meunier même si les 2 autres cépages ont été plantés les 30-40 dernières années.

Quasiment toutes nos vignes sont à Villedomange et sur 6 hectares on a environ 3,5 ha de meunier, 1,5 ha de pinot noir et 1 ha chardonnay.

On produit 25 000 à 30 0000 bouteilles par an et le reste de la récolte est vendue en raisin ou en vin clair.

Le domaine est une exploitation familiale sur plusieurs générations. La marque avait été créée par mon arrière grand-père, M.Fresne, et sa femme Mme Ducret, courant des années 30. A l’époque mon grand-père ne faisait pas de champagne mais plutôt des vins pour la consommation de la famille, des amis et des cafés locaux. C’est seulement après la seconde guerre mondiale qu’il a commencer à champagniser.

Moi j’ai commencé a bosser avec eux en 2001 et j’ai repris l’exploitation en 2007.

  • Vigneron, c’était une vocation pour vous, comment en êtes-vous venu à gérer un domaine viticole ?

Comme mon père travaillait avec son cousin Laurent à l’époque, l’exploitation était en multisites. Aujourd’hui, on a racheté la maison de Laurent où on fait toute la vinification, l’habillage, les expéditions et où on reçoit la clientèle. Moi je n’ai pas grandi ici donc je venais ici sporadiquement quand j’étais gamin, mais je passais beaucoup de temps chez mes grands-parents. Là-bas, on rangeait le matériel et les tracteurs alors j’ai baigné dedans à jouer avec les tracteurs ! Je n’allais pas beaucoup aux vignes car mon père nous voyait plus comme embêtant plutôt qu’une aide mais on y allait pendant les vendanges ! Les repas de vendanges c’est un souvenir aussi !

Villedommange - champagne Fresne - Ducret

Mes parents ne m’ont pas poussé, ils voulaient que l’on voit autre chose avec ma sœur.

J’ai étudié l’anglais je suis partie vivre en Angleterre mais après j’ai eu le mal du pays alors je suis revenu en France à 23 ans. Je ne savais pas trop quoi faire alors peu à peu, j’ai donnée un coup de main à mon père et Laurent et ça m’a plu ! C’était une découverte du travaille de la vigne et de la cave que je connaissais mal, et l’ambiance de travailler comme ça, en famille, c’était décontracté, c’était différent !

Au bout d’un an mon père m’a dit « personne dans la famille ne veut reprendre l’exploitation donc si tu le souhaites, retourne à l’école et reprend ! » alors je suis allez au CFPPA pour faire un BPREA (Brevet professionnel responsable d’exploitation agricole) puis j’ai fait 2 stages de vinification en Bourgogne et en Nouvelle-Zélande.

En 2004 je suis revenu sur l’exploitation jusqu'à la reprise.

  • Quelle est votre ligne de conduite en viticulture et à la cave et pourquoi avoir choisi celle-ci ?

Dans les vignes, on a engagé le domaine en conversion biologique en 2018. Ça correspond à une longue démarche. Quand je suis arrivé sur l’exploitation, j’ai réduit les doses de désherbant, enherbé certaines parcelles et j’ai commencé à ressortir le vieux matériel, les vieilles charrues puis à arrêter les pesticides. Aussi, avec ma femme, notre façon de consommer à beaucoup changer : on achete beaucoup plus de produits bio en magasin, pas tout en supermarché. De là, il y a eu une réflexion qui s’est mise en marche et on s’est dit pourquoi pas se lancer en bio sur le domaine ! C’est quelque chose qui a mis du temps à se mettre en place mais qui date.

Par rapport a la cave, j’aime bien expérimenter et ne pas faire toujours la même chose. J’ai commencé en arrivant par changer un peu les assemblages et là on fait une série de micro-cuvées où on expérimente des tirages lièges, aussi des élevages en fûts de chêne ou d’acacia pour avoir différentes essences. On essaye aussi de jouer sur les durées de vieillissement en cave, même si historiquement on a de long vieillissements. On essaye de jouer sur les malos (fermentations malolactiques), en faisant des cuvées sans malo, avec malo ou avec un assemblage des deux.

L’idée c’est une recherche constante d’améliorer le produit par petite touche en expérimentant et ajouter à la gamme de nouvelles choses.

Ce qui m’intéresse c’est de ne pas faire toujours la même chose et améliorer constamment les champagnes que l’on produit.

  • Qu’est ce qui vous fait le plus vibrer dans votre métier ?

Ce que je trouve vraiment super dans mon métier c’est la saisonnalité : le fait qu’on ne fasse jamais la même chose mais que d’une année sur l’autre on a un cycle qui revient. On vie en suivant des cycles naturels et on voit quand même la différence d’une année sur l’autre. C’est un cycle qui est intéressant : on a de la diversité, on est à l’intérieur, à l’extérieur… C’est vraiment passionnant car ça change tout le temps, c’est jamais pareil ! Ce qui est génial aussi c’est qu’on élabore un produit de A à Z et c’est très gratifiant quand on goute le produit 10 ans plus tard on se dit, à la base il n’y avait rien, c’était des bourgeons ! C’est vraiment stimulant !

  • Comment décriveriez vous le style de vos champagnes ?

Comme on fait pas mal d’expérimentations, j’ai envie de dire éclectique.

Sur la plupart des cuvées on est quand même sur des champagnes mûrs et matures, mais depuis quelques années, on essaye un peu de bousculer tout ça donc c’est plus aussi vrai qu’il y a quelques années !

 

  • Au niveau commercialisation, quels sont vos principaux canaux de vente ?

Les CHR et les cavistes (cafés, hotels, restaurants) représente 5% de nos ventes. On voudrait le développer un peu plus pour se libérer du temps sur l’exploitation pour travailler plus sur les vins.

On est à peut près sur 2/3 en vente France et 1/3 de vente à l’export. La vente directe et les expéditions aux particuliers représente entre 50 à 55% de nos ventes.

Sur les marchés exports, on a historiquement un gros client en Allemagne et après, ça se divise avec le Canada, l’Angleterre, la Suède, un peu l’Italie, la Norvège, la République Tchèque et puis  la Belgique et les Pays-Bas.

 

  • Quelle est votre cuvée préférée parmi les champagnes de votre production et pourquoi ?

En ce moment j’ai une cuvée éphémère « L’Arquémie n°3 ». C’est un blanc de noirs : 75% meunier, 25% pinot noir avec 5 ans de vieillissement sur lies et tirée en liège. C’est un faible dosage : 3g par litre. C’est une cuvée qui est très versatile : elle fonctionne très bien toute seule mais on peut la marier avec pas mal de mets. C’est un peu nouveau car on a faisait très peu de blanc de noirs dans le passé et c’est quelque chose qui me séduit.

  • Pour finir, Un conseil pour un accord met-champagne réconfortant pendant le confinement ?
Pierre & Prosper

On va peut-être soutenir nos ostréiculteurs français! L’Arquémie n°2 avec des huitres ! C’est un blanc de blancs non dosé et sans malo. C’est très fin, les vins sont passés en fûts avec une dominante d’acacia qui ramène des notes iodées et fumées. Ça se marie très très bien avec les produits de la mer, pour moi il n’y a rien de meilleur avec des huitres ! Je crois que cette cuvée va bientôt rentrer dans la famille dilettantes !

Et puis il y a Pierre & Prosper , une belle histoire de famille, un vin de passionné très réconfortant élevé en fût d'acacia, a boire après une journée de pluvieuse avec un fromage crémeux , un bon pain à la croûte crraquante agrémenté de quelques fruits secs .