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INTERVIEW VIGNERON : ERIC RODEZ

  • Bonjour Eric, pouvez-vous vous présenter et présenter votre domaine pour nos lecteurs ?

Le domaine viticole existe depuis 250 ans sur Ambonnay même si pas nous ne faisions pas que de la vigne à l’époque, puisque ça ne suffisait pour nourrir toutes les bouches. Mes aïeuls étaient aussi hébénistes et charpentiers. Je suis la 8ème génération de vigneron mais c’est mon arrière grand-père qui a vinifié le premier sous le nom de Rodez.

Il y a 30 ans, j’avais une vision très encadrante. Heureusement, il y a eu ce 1er millésime très médiocre en 1984 qui m’a ouvert les yeux. J’ai compris qu’il ne suffisait pas d’emmagasiner un lexique de recettes tout faite, mais il fallait savoir les utiliser . Dans le monde du vin, on était beaucoup trop dans la logique de process. Aujourd’hui je suis dans le doute et dans l’adaptabilité. Avant la régularité du produit, on veut une diversité sensorielle

  • Vigneron, c’était une vocation pour vous, comment en êtes vous venu à gérer un domaine viticole ? 

Enfant, à 3 ou 4 ans  je rêvais de faire 3 métiers :

  • comme papa : viticulteur

J’ai d’ailleurs fait ma 1ère distillation de fleurs à 6 ans où j’ai failli foutre le feu à mon lit !

  • Oenologue comme ma famille paternel ; tout le monde avait un grand respect pour
    Ambonnay l'automne

le monsieur en blouse blanche qui venait pour expliquer comment faire le vin, ce qui m’a interpelé .

  • Et enfin, nez dans la parfumerie , c’est le sens qui a une dimension vibratoire extrêmement importante pour moi

Puis, à l’adolescence j’ai pris conscience de la difficulté du travail de la terre.

J’ai fait une formation à Beaune pour être viticulteur, puis j’ai passé mon diplôme d’œnologie pour devenir vigneron.  J’ai appris à travailler le vin en Bourgogne .

Grâce à ce mauvais millésime  en 84 et à la rencontre avec Jean Michel Deiss en Alsace, j’ai compris que la clé d’entrée était le sol. J’ai donc débuté le travail du sol en 89.

 

  • Quelle est votre ligne de conduite en viticulture et à la cave et pourquoi avoir choisi celle-ci?

 Grâce à ce travail, j’ai pris conscience du changement de paysage. On voyait mes parcelles vertes au sol beaucoup plus vivant. Dans les années 90, on passe au travail organique. Je me suis longtemps caché de mes pratiques, ce n’était pas très tendance.

Ensuite je me suis penché sur les huiles essentielles . j’ai pu constater des résultats étonnants sur l’humain . Et c’est Eric Petiot qui m’a aidé à l’utilisation des huiles sur la vigne en 2012, une année très difficile pour le mildiou. Depuis, on a généralisé l’utilisation des huiles d’agrumes sur le mildiou et la lavande en tant que répulsif à insectes. C’est une très belle réussite.

Sur le domaine nous avons 3 certifications :  Bio – Demeter - HVE

A la cave, nous travaillons en fermentation indigène si possible sauf si la fermentation alcoolique ne démarre pas. Dans ce cas, nous utilisons une sélection de levure pour éviter la standardisation.

Nous avons un niveau de sulfitage bas.

Au niveau des vins, nous avons 3 approches, 3 musiques différentes du terroir d’Ambonnay:

  • Les vins d’auteurs ( assemblage- pas de millésime) : une fermentation en cuve – un élevage en cuve
    Muselet Champagne Eric Rodez

    puis 1 an sous bois pour laisser respirer les vins et perdre la réduction pour aller vers l’oxydation.

  • Les vins de parcelles : 1 année – 1 cépage – une parcelle
  • Les vins de terroir (empreinte de terroir et aujourd’hui empreinte blanche ou noire) : assemblage de parcelles d’Ambonnay millésimé ; Une fermentation sous bois puis mise en bouteille sous 7 mois

Grâce au réchauffement climatique , il est plus facile d’obtenir une maturité optimale donc il est aussi plus facile d’écarter des vins sans dénaturer les vins d’assemblage

  • Qu’est ce qui vous fait le plus vibrer dans votre métier ? 

3 moments différents

La fleur : tôt le matin ou fin de journée, plane dans la côte une odeur charnelle où la prochaine vendange va prendre vie

Chais - Champagne Eric rodez

La veille des vendanges, je picore quelques baies – mes vignes m’appartiennent encore, je fantasme sur le millésime que j’entre -aperçois en croquant ces baies. Après, les vignes appartiennent aux vendangeurs.

Les rencontres avec mes clients : On met toute notre passion et notre exigence dans ce métier. Rencontrer les gens qui nous font confiance, voir ces personnes prendre du plaisir en dégustant, ça me fait vibrer.

Je n’aime pas mes vins , ou bien il faut que j’aille très loin hors contexte pour les apprécier.

  • Comment décririez vous le style de vos champagnes ?

Des vins de tables gourmands, vineux . C’est du vin avec des bulles .

  • Au niveau commercialisation, quels sont vos principaux canaux de vente ?

Nos ventes sont à 90% à l’export surtout Japon , USA et UK avec une présence dans 40 pays

Malgré tout, nos ventes en France  augmentent et notamment grâce à des lieux comme dilettantes.

Je me réjouis de pénétrer le marché français .

  • Quelle est votre cuvée préférée parmi les champagnes de votre production et pourquoi ?

Ma cuvée préférée c’est celle que je décide de boire maintenant . Cet après midi ensoleillé, ce serait les Crayères, un champagne de cœur et d’esprit, pas trop compliqué .


  • Pour finir , Un conseil pour un accord met-champagne réconfortant pendant le confinement ?

J’ai découvert cet accord chez un de mes partenaires en Norvège . Il m’annonce que l’on va attendre le dessert pour déguster mon champagne. J’étais un peu inquiet, car je ne suis pas fan du sucré avec le champagne. Un peu avant de passer au dessert, il me confie qu’il n’est pas trop bec sucré, et qu’il préfère terminer le repas avec un bon fromage. Il a associé le blanc de noirs avec un vacherin bien crémeux